Elle
Mille et une fois, je l'ai tenu serré entre mes jambes, gardé perdu au fond de moi. Mille et une fois, j'ai juré que jamais plus. Que personne ne réduirait en miettes ce pauvre échafaudage d'être que je m'acharnais à bâtir. Et chaque fois, j'ai rêvé que tout allait renaître, que tout jouerait le jeu des vagues. Parce que toujours, même au plus obscur, on croit à l'éternelretour.
À un passant est un premier roman. Un premier roman qui relate une histoire d'amour. Sujet banal, peut-être, mais Juliette Vallery a le langage de la peau, celui qui dit l'état fébrile et émouvant, solitaire, magnifique, narrant l'inquiétude et détaillant les humeurs passionnelles. Elle fait intervenir le personnage féminin à la première personne, le je, elle frotte le langage à l'autre, de très près, de très très près. Lhomme est à la troisième personne, le il, mais un il d'une extrême proximité. Nous ne sommes pas dans des Fragments d'un discours amoureux, mais dans le rythme des états amoureux. Pour autant, comme chez Roland Barthes, s'entend l'infinie solitude des êtres aimants, ils parlent leurs langues en solitaire et dans leurs cœurs. Complice délicat, le lecteur distingue l'enfermement merveilleux et délicieux dans le rêve d'un nous deux, rêve éternellement partagé par nous tous. Ce court roman nous met affectueusement et crûment à nu.